Notre-Dame de Corbeil

De nombreuses familles régnantes ont souhaité, à un moment ou à un autre, faire remonter leurs origines à des noms légendaires ou prestigieux. Salomon, Mahomet, Charlemagne et autres se sont prêtés d’autant plus facilement au jeu qu’ils avaient disparu depuis longtemps.

Clovis a une telle ressemblance (!) avec ledit Salomon que même des spécialistes s’y sont laissé prendre pendant des siècles. De même entre Clotilde et la reine de Saba …

L’anecdote provient de l’église, démolie en 1820, de Notre-Dame de Corbeil. L’histoire est banale, comporte des longueurs, la voici telle qu’Internet nous la restitue sous l’autorité de quelques médiévistes :

« Selon l’abbé Lebeuf, il en serait fait mention dans un texte dès 1093. Elle n’entre cependant dans la lumière de l’histoire qu’après la réunion du comté de Corbeil au domaine royal, c’est-à-dire sous le règne de Louis VI. En 1125, ce roi accorde à l’abbaye de Saint-Victor de Paris le droit de toucher pendant une année entière le revenu des prébendes vacantes dans l’église de Corbeil, et ces prébendes sont au nombre de douze. Ce collège de douze chanoines avait à sa tête un abbé qui s’appelait Bernier.

En 1286, la reine Marguerite, veuve de saint Louis, fonde dans l’église une chapelle, afin qu’on y prie pour l’âme de son mari et celle de son fils Philippe III. Quelques années plus tard, Simon Matifas de Buci, évêque de Paris, confirmait les statuts de la collégiale.

Si elle n’a jamais compté parmi les grands sanctuaires, du moins attirait-elle nombre de pèlerins, grâce aux reliques de saint Yon qu’elle possédait et dont l’évêque de Paris Foulque de Chanac certifia l’authenticité en 1343, au cours d’une grande cérémonie. En 1479, on les transféra solennellement dans une nouvelle châsse. C’est dans la chapelle Saint-Yon que se faisait le service de la paroisse par le ministère d’un curé que le chapitre désignait. Il en fut ainsi jusqu’en 1601, où le collège des chanoines fut supprimé et se réunit à celui de Saint-Spire ; Notre-Dame devint église paroissiale pour remplacer Saint-Nicolas, que l’on avait été contraint de démolir à la suite du siège de 1590.

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Le pont de Corbeil et l’église Notre-Dame en 1751 d’après le terrier de Villeroy

L’église devait disparaître par l’effet du vandalisme révolutionnaire. Désaffectée dès 1793, achetée par la municipalité, elle servit de grenier à fourrage, de dépôt de bois, de remise pour les voitures des maraîchers. La même année, la fureur populaire s’abattit sur les figures du tympan et de la frise des piédroits, dont on martela toutes les têtes, et la ville paya trente livres au dénommé Nagel pour qu’il arrachât les statues-colonnes. Cependant, Sergent Marceau fut assez habile pour en sauver deux : sous prétexte d’en faire des bornes, il les acheta moyennant six livres ; nul doute qu’il ne s’agisse du roi et de la reine dont Lenoir fit l’acquisition pour son Musée des Monuments français et que la basilique de Saint-Denis, puis le Louvre, ont pieusement recueillis.

Le 24 août 1818, les mar-guilliers, impuissants à conjurer la ruine, décidèrent de vendre le monument et de l’abandonner aux démolisseurs. L’adjudication fut prononcée, le 19 novembre 1819. au profit de François Pinard, charpentier, et de Louis-François Magdelain, maçon. Le cahier des charges leur imposait de procéder dans l’année à la destruction du nouveau clocher dont on craignait la chute. Un acte du 18 mai 1823 montre qu’à cette date il ne restait déjà presque plus rien de Notre-Dame de Corbeil. Cependant, le comte de Gontaut-Biron avait acheté les colonnes et les arcades d’une travée de la nef, un des pié droits du portail, une porte de la façade, nombre de morceaux du tympan, ainsi que des pierres tombales. Il fit remonter ces vestiges dans le parc de son château de Montgermont, près de Ponthierry, en Seine-et-Marne. Ils y sont encore. » (Francis Salet – voir médiagraphie).

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– Sculpture du portail de Notre-Dame de Corbeil (extrait de l’ouvrage de Viollet-le-Duc)

Viollet-le-Duc s’empare du sujet des statues-colonnes royales :

« … Il existe encore dans l’église abbatiale de Saint-Denis deux statues transportées par Alexandre Lenoir au Musée des monuments français et provenant de l’église Notre-Dame de Corbeil; ces deux figures baptisées des noms de Clovis et de Clotilde, sans autorité, sont de la même époque que celles du portail occidental de Chartres. Longues comme celles-ci, exécutées avec un soin extrême, remarquables d’ailleurs comme style, très-intéressantes au point de vue des vêtements, rendues avec une grande finesse, elles nous fournissent des types de têtes qui ne rappellent en rien ceux de Chartres. Voici (fig. 8) celle du roi. Ce masque n’est pas la reproduction d’un type admis, d’un canon; c’est, pour qui sait voir, un portrait ou plutôt un type de race, un individu par excellence … »

De même la Bibliothèque nationale de France dans sa notice en ligne :

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– Pérée [Graveur], Langlois [Dessinateur du modèle], Statue de Clovis Ier, tirée du portail de Notre-Dame de Corbeil : [estampe] ; Appartient à : [Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 1, Pièces 1 à 82, période : 481-1350] (via gallica.bnf.fr)

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Clotilde, femme de Clovis I.er, statue tirée du portail de Notre-Dame de Corbeil : [estampe] (via gallica.bnf.fr)

Aujourd’hui, le Louvre donne un autre éclairage, il s’agit plutôt de Salomon et de sa célèbre compagne. L’oeuvre est retouchée par rapport aux gravures du XIXe – voir par exemple les mains, la banderole, la couronne et l’auréole de la reine :

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« Une reine (la reine de Saba ?) provenant de la façade occidentale de la collégiale Notre-Dame de Corbeil (Essonne) – Pierre, H. : 2,35 m. ; L. : 0,44 m. ; Pr. : 0,38 m.

Avait été identifiée comme une représentation de Clotilde, reine des Francs, par Alexandre Lenoir qui l’avait placée dans son musée des Monuments français, au couvent des Petits Augustins. Versement des chantiers de Saint-Denis, 1916. Département des Sculptures. » (via cartelfr.louvre.fr)

Une copie se trouve à Louveciennes.

Comme l’indique Francis Salet :  » Les statues-colonnes n’étaient pas de moindre qualité, si l’on en juge par celles du Louvre. Mais le sculpteur Villeminot, qui les a restaurées en 1865, en a bien diminué la valeur. Auparavant, Lenoir les avait publiées, ainsi que Wilmin, dans ses Monuments inédits, et ces dessins permettraient de faire la part exacte du sculpteur moderne si, par malheur, elle ne sautait aux yeux.

Les deux personnages, nimbés, sans doute Salomon et la reine de Saba, portaient ces couronnes plates, simples bandeaux d’orfèvrerie, qui se voient à Chartres et dans la plupart des portails de ce type. Villeminot a cru devoir les surmonter de lourdes palmettes qui ne sont guère conformes à la mode du temps … »

Le musée de Cluny possède encore des restes de l’église Notre-Dame :

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– (via .www.sculpturesmedievales-cluny.fr)

Quand au parc de Montgermon à Pringy :

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– Les restes de l’église conservés dans le parc du château de Montgermont : classement par arrêté du 11 février 1943 – Périodes de construction : 12e siècle – Propriété de la commune (via .www.monumentum.fr)

L’article de Francis Salet précise que  » l’assemblage réalisé à Montgermont est factice et il convient d’en dissocier les éléments pour les étudier.  »

Il reste quelques points à ajouter :

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– maison dans la vallée de l’Yvette : réemploi de chapiteau

« Dans la vallée de l’Yvette, à droite de la route de Longjumeau, au-dessous du château de Charaintru, on remarque une propriété appelée Engelthal (vallée de l’Ange). Différents ornements provenant de l’église Notre-Dame de Corbeil ont été employés avec goût à la construction de la maison d’habitation. » (A. Joanne)

Revenons à Corbeil avec le transfert d’un tombeau de marbre (cf. Coquelle, Guilhermy). Reste à vérifier si l’ancien collège, cité ci-après, subsiste.

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 – 160 – Corbeil – Église St-Spire. – Tombeau de Jacques de Bourgoin marbre.

« Jacques de Bourgoin était un guerrier plein de vaillance et un bon citoyen. Revenu en sa ville natale, afin d’y terminer doucement une vie usée au service de son pays, il voulut employer sa modeste fortune à des œuvres de bienfaisance et d’utilité publique. Il trouva son repos dans l’église de Notre-Dame sous un tombeau qu’un dernier sentiment de reconnaissance a sauvé de la ruine, et qui a été relevé dans une des chapelles de Saint-Spire, à côté de la statue du comte Aymon.

Deux épitaphes en lettres dorées accompagnaient le tombeau dans son état primitif. Une seule, … a été recueillie à Saint-Spire. L’autre se trouve encastrée dans un mur de la salle principale de l’ancien collège fondé par Jacques de Bourgoin, et transformé de nos jours en salle d’asile. Les deux inscriptions se complètent l’une par l’autre; il est fâcheux qu’elles soient maintenant séparées. L’éloge du défunt résulte de la simple énonciation de ses œuvres; il n’y pas d’oraison funèbre plus authentique et plus sincère.

L’ancien collége conserve comme un titre de sa destination première une cloche, ornée d’une Minerve assise sur des trophées d’arts et de sciences. Des fleurs de lis en couvrent le pourtour, et le fondeur a signé en lettres du XVIIe siècle : Claude Benard Me Fondeur A Paris »

Pour qui veut encore chercher, un mystère : Quatre belles statues du XIIe siècle …

« 220. Seine-et-Oise Illustré. Journal hebdomadaire. Bureaux à Paris, 42, rue de Chabrol. Gr. in-4°. (Abonnement : 8 fr. par an ; le numéro : 15 centimes).
Ce journal, que dirige notre confrère M. Hustin, mérite une place dans notre bibliographie …

Il est vrai qu’à côté nous sommes heureux de signaler des planches qui brillent de presque toutes les qualités réclamées, entre autres celles qui représentent le retable de Vétheuil (n° du 16 mai 1886), l’église de Magny (13 juin 1886), le tombeau du comte d’Harcourt à Asnières-sur-Oise (6 février 1887), le château de Maisons-Laffitte (6 mars), le château d’Ecouen (12 juin), le sépulcre de Saint-Maclou de Pontoise (9 octobre), et surtout les quatre belles statues du XIIe siècle provenant de l’église Notre-Dame de Corbeil et aujourd’hui au Trocadéro. Nous engageons vivement M. Hustin à persévérer dans cette voie et à compléter ainsi l’album monumental de Seine-et-Oise. »

 

  • Médiagraphie

Francis Salet, Notre-Dame de Corbeil [article], Bulletin Monumental, Année 1941, Volume 100, Numéro 1, pp. 81-118 (via persee.fr)

Eugène Viollet-le-Duc, Dictionary of French Architecture from 11th to 16th Century (via Wikipédia)

.www.corbeil-essonnes.com

Les environs de Paris illustrés : itinéraire descriptif et historique, Joanne, Adolphe (1813-1881), L. Hachette, Paris, 1856 (via gallica.bnf.fr)

Coquelle, Pierre, Album des objets mobiliers artistiques classés de Seine-et-Oise / d’après les photographies de MM. Martin-Sabon, P. Coquelle, le Bon Burthe d’Annel [et al.] ; précédé d’une introduction par M. Alf. Paisant,… ; et d’un texte explicatif par M. P. Coquelle, A. Picard et fils, Paris, 1910 (via gallica.bnf.fr)

Inscriptions de la France du Ve siècle au XVIIIe : ancien diocèse de Paris. Tome 4,Série 3 / recueillies et publ. par M. F. de Guilhermy,… [puis par] R. de Lasteyrie,…, Imprimerie nationale, Paris, 1873-1883 (via gallica.bnf.fr)

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